La nouvelle mappemonde de l’enseignement supérieur | Le Monde

“Il y a encore une dizaine d’années, les pays “majeurs” en matière d’enseignement supérieur se limitaient à deux zones géographiques : l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) et l’Europe. Depuis, de nouveaux pays importants sont apparus sur le planisphère du savoir, et d’autres aspirent à y figurer en bonne place.

C’est avant tout en Asie que sont apparus, ces dernières années, les nouveaux acteurs du domaine. En tête de liste, bien sûr, la Chine. Avec la publication du fameux “classement de Shanghai”, par l’université JiaoTong, le pays a affiché à la fois son intérêt pour les grands enjeux éducatifs et ses ambitions à venir. Celles-ci n’ont pas été démenties par la suite. Attirant d’abord des institutions étrangères de renom sur son sol et envoyant des milliers de ses étudiants sur les campus du monde entier, elle envisage désormais de passer à la phase suivante : devenir un pôle d’attractivité majeur pour les étudiants du monde entier, et les inciter à venir se former sur son sol. Ce qu’elle commence à faire. Il est vrai que la Chine a su définir une stratégie, s’y tenir et investir en conséquence. Il suffit de visiter les campus chinois pour s’en convaincre : beaucoup d’entre eux sont désormais au niveau des meilleurs occidentaux, et feraient pâlir d’envie bien des présidents français d’université.

La Chine n’est d’ailleurs pas le seul pays asiatique à monter en puissance. L’Inde s’est doté d’un réseau d’écoles de management (IIM) et d’ingénieurs (IIT) de très haut niveau, universellement reconnues. Singapour a aussi considérablement investi dans la matière grise, accueillant à bras ouverts des institutions étrangères cotées (parmi lesquelles l’Insead, l’Essec et l’Edhec) et édifiant des universités qui figurent désormais parmi les plus réputées de la planète (comme NUS). La Corée, le Japon comptent également des universités d’excellent rang. Et les universités australiennes profitent elles aussi de l’intérêt accru pour l’Asie pour monter en gamme et accueillir un nombre croissant d’étudiants de tous pays.

En Amérique latine aussi, mais à un degré moindre, on assiste à l’essor de certaines institutions. C’est le cas au Brésil (avec par exemple l’USP à Sao Paulo et son immense campus pluridisciplinaire, ou la Fondation Getulio Vargas, dans le domaine du management), mais aussi au Mexique, dont certaines universités attirent de nombreux étudiants européens en échange et commencent à se tailler une réputation enviable.

Les nouveaux territoires de la matière grise

Demain, d’autres pays, d’autres zones du monde ambitionnent de figurer en bonne place sur l’échiquier du supérieur. Trois grandes régions sont engagés dans cette dynamique. D’abord, certains pays du Moyen Orient, qui ont décidé d’investir massivement leurs pétro-dollars dans la construction de complexes universitaires. C’est le cas du Qatar avec Education City, luxueux campus édifié à l’initiative de la Qatar Foundation, et dans lequel HEC est engagée. L’Arabie Saoudite est également très mobilisée et a construit une institution ultra-moderne, la King Abdullah University. Les autres émirats du Golfe rêvent aussi de devenir des acteurs significatifs dans le domaine.

Certains pays d’Europe de l’Est tentent également de développer leur enseignement supérieur – quoiqu’avec des moyens plus limités. La Roumanie, la Pologne, la Hongrie s’efforcent ainsi d’attirer un nombre croissant d’étudiants, notamment dans le cadre et avec le soutien de l’Union européenne. La Russie, de son côté, vient de se doter d’une toute nouvelle business school aux ambitions très élevées, aux portes de Moscou.

Et l’Afrique ? Promise par un nombre croissant d’économistes à un fort développement, elle a besoin de former ses élites et commence, peu à peu, à muscler son enseignement supérieur. Le Maroc affiche ainsi une politique résolue en la matière, et possède désormais quelques institutions de bon rang, comme l’Ecole Hassania des travaux publics. Plusieurs écoles françaises de management sont présentes dans le royaume, comme Kedge, l’ESC Rennes, Grenoble EM et l’ESC Toulouse. Des écoles d’ingénieurs sont aussi implantées, comme Centrale Paris, l’Esiea ou l’Eigsi de La Rochelle. Au Burkina, le 2IE s’affiche comme l’une des meilleures écoles du continent, attirant des élèves de nombreux pays voisins. Le Sénégal commence aussi à étoffer son dispositif. Autant d’efforts qui demandent cependant à être amplifiés.

Un chose est sûre : la géographie de l’enseignement supérieur évolue à toute vitesse. Le monde des études supérieures devient de plus en plus “multipolaire”. Un nombre croissant de pays ont pris conscience de l’enjeu, et choisissent d’investir massivement dans ce domaine. Demain, les institutions occidentales feront face à de nouveaux concurrents, bien décidés à attirer les meilleurs étudiants – d’autant plus aisément que voyager n’a jamais été aussi facile – et si possible à les conserver ensuite sur leur sol. Telle est la réalité qui se dessine, et dont il faut bien prendre la mesure.

Quels enseignements tirer de cette évolution ? D’abord, que pour les étudiants, les opportunités de se former dans de bonnes conditions n’ont jamais été aussi nombreuses. Pour eux, le monde n’a jamais été aussi ouvert.

Ensuite, que nos débats franco-français, nos querelles infinies (et nos blocages) sur la moindre réforme de notre système d’enseignement supérieur paraissent bien vains, à l’aune de la mondialisation.

Enfin, qu’il est indispensable d’investir massivement dans l’enseignement supérieur – universités et grandes écoles. Malgré la crise, malgré les difficultés budgétaires. Car si nous n’avançons pas, bien d’autres pays, eux, progressent à grande vitesse.”

 

article sur le site: La nouvelle mappemonde de l’enseignement supérieur | Focus Campus.

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