Entrepreneuriat social: 10 choses à retenir d’une mission en Asie et en Afrique ⎟ Destination Changemakers

1/ L’impossible est temporaire

Aux Philippines, Gawad Kalinga a construit 2000 villages en dix ans pour les plus démunis, impactant la vie d’un million de personnes. En Inde, Aravind Eye Care a réussi l’incroyable exploit de faire passer le coût d’opération de la cataracte de 200 à cinq dollars et a pour particularité d’offrir des soins gratuits aux deux tiers de ses patients. Les hôpitaux ont réalisé 32 millions d’opérations en 36 ans. En Inde encore, le Barefoot College (littéralement “l’université des va-nu-pieds”) enseigne à des femmes illettrées du monde entier à construire des panneaux solaires et pompes à eau, sans avoir besoin d’apprendre à lire ou à écrire.

Que cela concerne le logement, la santé ou l’éducation, les entrepreneurs sociaux changent radicalement la donne!

2/ Croire en son pouvoir de changer les choses

A la tête de toutes ces organisations, il y a des entrepreneurs à qui on a dit que “ça ne marcherait pas”, que l’on a pris pour des fous au début, qui ont semblé en décalage avec les idées du moment. Pourtant, tous ont eu la passion et la persévérance d’aller à contre-courant.

Tous aussi ont commencé petit. Muhammad Yunus, inventeur du microcrédit, a démarré en prêtant 27 dollars à 42 micro-entrepreneuses au Bangladesh. Le microcrédit bénéficie aujourd’hui à 195 millions de personnes dans le monde. Aravind Eye Care a commencé avec 11 lits… Comme le dit le Dalai Lama: “Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique. Vous verrez lequel empêche l’autre de dormir”. Start small, dream big.

3/ Peu importe la forme juridique, c’est l’impact qui compte

Aux Philippines, Gawad Kalinga opère en tant qu’ONG. Nous avons travaillé à construire des partenariats avec le département “Bottom of the Pyramid” de Schneider Electric(appelé “BipBop”: Business, Innovation, and People for the “Bottom of the Pyramid”), et le département RSE de Total.

En Inde, nous avons réalisé une mission pour “I Say Organic”, une entreprise sociale à but lucratif. Au Sénégal, nous avons collaboré avec un social business local, la Laiterie du Berger, etLemateki, un projet co-construit entre une ONG, un ministère et un social business.

Peu importe leurs statuts, tous ces modèles construisent les cases manquantes du capitalisme, entre maximisation des profits et philanthropie.

4/ Ces acteurs de changement ont tous des points communs

Tous ces visionnaires ont su développer les capacités nécessaires pour arriver à ce niveau d’impact. Quels que soient leur âge, leur sexe, leur nationalité ou encore leur classe sociale, ces derniers ont su changer leur façon de penser. Ils transforment les problèmes en opportunités, pensent et agissent différemment, mettent leur vision en action, voient l’humain comme un but et non pas comme un moyen, sont empathiques et comprennent les besoins des plus démunis, mobilisent des énergies pour accomplir leur vision, n’ont pas peur de sortir des sentiers battus, suivent leurs instincts, prennent des risques… A chacun de nous de développer ces compétences grâce à nos différentes expériences.

5/ La réalité du terrain est difficile

Dans social business, il y a business. Sans rentabilité économique, pas de pérennité de l’activité et donc pas d’impact durable. Nombreuses sont les entreprises sociales qui peinent à concilier impact social et rentabilité. Trouver les bons ajustements prend du temps et nécessite de se remettre sans cesse en question. “L’arbitrage entre rentabilité économique et impact social est très difficile à gérer au quotidien”, nous confie Bagoré Bathily, récemment récompensé par le prix d’Entrepreneur Africain de l’Année. Alors certes, manager social et business, est plus difficile, mais c’est aussi plus challengeant et passionnant.

6/ Le secteur a besoin des “coeurs les plus intelligents en action”

Le social business, pour se développer, a besoin des meilleurs talents: des entrepreneurs et des managers capables de manier le langage du business, celui du social et celui des partenariats. Lorsque les diplômés les plus talentueux commenceront à mettre leurs talents au service de la lutte contre la malnutrition ou de l’accès à l’eau potable pour tous, très vite les solutions à ces problèmes jusque-là insolubles se multiplieront! On observe à ce propos une tendance dans le bon sens, et ce n’est pas un hasard si les plus grands entrepreneurs sociaux multiplient leurs interventions dans les plus prestigieuses universités du monde entier. “Le monde n’a plus besoin de penseurs, il a besoin de gens qui agissent” nous exhortait Anshu Gupta, fondateur de Goonj, à Delhi.

7/ Les entrepreneurs s’engagent pour leurs communautés

Aux Philippines, Antonio Meloto a commencé à agir à quelques kilomètres de là où il habitait, lors d’une immersion dans le plus grand bidonville de Manille. C’est à ce moment là qu’il a décidé de consacrer sa vie aux plus pauvres.

Ashmeet Kapoor a fait de prestigieuses études aux Etats-Unis. Pourtant, c’est dans son pays, en Inde, qu’il a choisi de créer son entreprise pour y développer l’agriculture biologique, en connectant directement les agriculteurs biologiques au marché.

Bagoré Bathily, franco-sénégalais, a fait des études de vétérinaire en Belgique. Il se lance dans le développement d’une filière laitière au Sénégal sitôt ses études terminées, malgré son manque d’expérience dans ce domaine.

En ce qui nous concerne, nous avons tous les deux ressenti une responsabilité d’agir en priorité en France et en Europe… dès maintenant!

8/ Les jeunes s’engagent dans le monde entier

Aux Philippines, des jeunes de 22 ans, tout juste ou pas encore diplômés des meilleures universités du pays, rejoignent le “Center for Social Innovation” pour lancer des entreprises sociales. “Le monde change et les anciennes manières de faire ne marchent plus. Nous, jeunes, sommes au coeur du changement et, chaque jour, chacun peut faire le choix de faire partie de ce changement ou de faire partie de l’ancien monde”, nous résumait Alvie Benitez.

En Inde, chaque année, 450 jeunes de 20 à 25 ans se rassemblent et font le tour de l’Inde en train pour devenir le changement qu’ils veulent voir dans le monde, c’est le Jagriti Yatra ou “voyage-éveil”.

On dit que la génération Y est individualiste, fainéante et zappeuse, mais nous l’avons rencontrée et cette dernière est engagée, altruiste et connectée aux quatre coins du monde. Le professeur Yunus, inventeur du microcrédit et Prix Nobel de la Paix 2006, dit de notre génération: “La nouvelle génération est la génération la plus puissante de l’histoire de l’humanité. Non pas que les jeunes sont plus intelligents que les générations précédentes, mais parce qu’ils bénéficient du potentiel énorme desnouvelles technologies“. Il poursuit: “Si nous arrivons à mettre notre créativité, notre énergie, nos talents au service des vrais problèmes, nous pouvons mettre la pauvreté au musée en l’espace d’une génération”.

9/ Le social business ne peut pas tout résoudre seul

S’il faut être optimiste, il faut aussi être réaliste: le social business ne pourra pas tout résoudre. Le politique ne doit pas se dédouaner de ses responsabilités et a un rôle clé à jouer: finance au service de l’homme, fiscalité juste ou encore soutien de l’innovation sociale. Les ONG doivent continuer à se professionnaliser et les grandes entreprises à questionner leur impact sur la société et l’environnement. Les médias doivent parler davantage des solutions qui nous entourent. L’éducation et l’enseignement doivent faire naître des acteurs de changement dès le plus jeune âge, en donnant aux jeunes le goût d’entreprendre et devaloriser le sens. Les consommateurs doivent favoriser le responsable et le local dans leurs achats, ils votent tous les jours en consommant!

Ce sont des convergences entre tous ces acteurs qui permettront à la société de rétablir une évidence, trop souvent oubliée. L’économie doit être au service de l’homme, et non l’homme au service de l’économie.

10/ Et nous? Nous avons fait le plein d’énergie, d’idées et d’envie d’action

Nous avons créé le projet Destination Changemakers pour rencontrer et travailler auprès d’acteurs de changement et afin de devenir nous-mêmes acteurs de changement. Nous avons partagé, au quotidien, les réussites et les difficultés d’entrepreneurs sociaux d’exception et avons été profondément marqués par leur vision et la manière dont ils la mettaient au service de l’action.

Pendant nos trois missions, nous avons réfléchi à ce qui pourrait être adapté et répliqué en France. Il nous reste une année d’étude (ESCP Europe et HEC), et nous travaillons tous les deux en parallèle sur deux projets d’entrepreneuriat social, en France. Jonas travaille sur un projet de restauration mobile solidaire, inspiré des rues de Manille, Delhi et Dakar. De son côté, Matthieu, inspiré du Jagriti Yatra en Inde, travaille sur un projet dans le domaine de l’éducation, pour inciter les jeunes talentueux à devenir “créateurs d’emplois” (“job-givers”) et non plus “chercheurs d’emplois” (“job-seekers”).

Entrepreneuriat social: 10 choses à retenir d’une mission en Asie et en Afrique – L’EXPRESS.

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