L’innovation ouverte est-elle vraiment ouverte ? | Julien Pénin

l’expression « innovation ouverte »  a été popularisée par Henry Chesbrough et est devenue incontournable pour signifier l’importance des interactions et des échanges dans le processus d’innovation.

Or l’innovation ouverte décrite par Chesbrough reste très différente et bien moins ouverte que les modèles de production de connaissances open source et communautaires. Si elle suppose, bien sûr, de réduire le contrôle sur une technologie afin de permettre à un grand nombre d’acteurs hétérogènes d’interagir et d’échanger, elle n’implique pas d’abandonner tout contrôle. Au contraire, la connaissance produite peut rester largement secrète et contrôlée par les participants au processus d’innovation : lorsque deux entreprises créent une co-entreprise ou lorsqu’une entreprise accorde une licence d’exploitation à une autre, seuls les membres de l’accord sont concernés ; l’accès reste fermé pour les autres. On est donc loin du domaine public !

Contrairement aux idées reçues, l’innovation ouverte peut reposer sur une protection juridique forte

En définitive, pour Chesbrough, la contractualisation et les droits de propriété intellectuelle sont omniprésents dans les démarches d’innovation ouverte, qui sont le plus souvent facilitées par des brevets forts ou par la possibilité de contrats formels. Une entreprise dont la technologie est protégée par des brevets forts aura plus tendance à accepter de collaborer ou d’accorder des licences car les risques de trahison et de pillage technologique sont réduits ; à l’inverse, si l’entreprise n’est pas protégée, la collaboration est risquée puisque le partenaire peut toujours s’emparer gratuitement des secrets de fabrication de l’entreprise.

L’open source est en quelque sorte une modalité extrême de l’innovation ouverte, car il impose un degré d’ouverture maximal et une perte de contrôle quasi totale. Or, dans la plupart des modalités de l’innovation ouverte, l’ouverture n’est pas aussi forte et les entreprises gardent plus ou moins de contrôle sur leurs connaissances et technologies. Si l’on compare l’innovation fermée à une porte fermée par laquelle rien ne peut sortir ni entrer, l’innovation ouverte correspond à une porte ouverte par laquelle les entrées et les sorties restent contrôlées dans la plupart des cas. C’est seulement dans le cas de l’open source que tout le monde peut entrer et sortir librement. En définitive, c’est toute l’ambiguïté mais aussi toute la richesse du concept d’innovation ouverte qui lui permettent de s’adapter à toutes sortes de stratégies d’entreprise, de l’open source jusqu’à l’utilisation de brevets sur des bases plus agressives.

Cet article est basé sur un article scientifique publié par Julien Pénin dans la Revue économique en janvier 2013, intitulé « Are you open? An investigation of the concept of openness for knowledge and innovation » (Revue économique, 64 (1), p. 133-148).

lire plus: L’innovation ouverte est-elle vraiment ouverte ? | Le Cercle Les Echos.

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